Alfons Alt
Oeuvres de l'artiste
Alfons Alt
Biographie
« Les œuvres d’Alfons Alt nous transportent dans un ailleurs qu’il nous est difficile de définir et de délimiter, entre matière et temporalité, entre réel et abstraction. Ses photographies, pour la plupart prises à la chambre, sont ensuite révélées par les pigments qu’il applique au pinceau. La main, le geste, le corps prennent le relais de la machine, avec une attention de tous les sens. L’œuvre sous nos yeux est-elle photographique ? Est-elle picturale ? Les deux techniques ne se concurrencent pas, comme cela a été durant des décennies. Elles se complètent, se superposent, s’interpénètrent et se révèlent mutuellement. »
Alfons Alt est un photographe qui n’a pas un labo-photo faïencé avec les bacs de révélateur et de fixateur ou un bureau graphique design et lumineux avec son ou ses ordinateurs, il a un atelier de peintre dans une friche industrielle à Marseille.
Son atelier ressemble à celui des peintres qui, adeptes du dripping ou réalisant des œuvres monumentales, travaillent au sol. Le sol est humide, taché de traces aux couleurs improbables. Il y a de grands bacs d’eau, une grande table chauffante, des boîtes à pigment ouvertes, juste là à disposition, comme les couleurs sur la palette d’un peintre aux champs devant son chevalet, et des pinceaux, surtout des larges.
Il y a quelque chose de l’antre d’un alchimiste dans cet atelier, d’un alchimiste qui, passant un large pinceau fait apparaître la patte puis l’épaule de l’animal. Ce jour là, il s’agissait d’un taureau. Il passe à l’œil, puis à la corne avant de venir « peindre » un sabot un peu plus bas.
Les pigments s’imprègnent selon que la gélatine les retient plus ou moins. Les couleurs se croisent. Il laisse aller. La maîtrise est certaine, mais pas totale. La reprise du travail sur une zone pour l’obtention du résultat escompté est stoppée ou détournée. Si la chimie donne un résultat qui le surprend, il l’adopte et la suit. Il parle d’un pourcentage « d’intervention divine », et ses œuvres entre peinture et photographie ont une présence, si ce n’est divine, pour le moins remarquable, souvent saisissante.
« Le divin de la peinture avec le réel de la photographie, ça a toujours été mon projet. Quand je parle de divin pour la peinture, je parle de transgression, de transcendance ».
Ce n’est pas pour rien que la peinture contemporaine qu’il préfère, « qu’il vénère » est celle de Twombly ou de Rothko .
Issu d’Illertissen en Bavière, juste à côté d’Ulm « le New-York du Moyen-age », d’une lignée séculaire d’ébénistes par son père et de peintres d’église par sa mère, son univers familial comme géographique est artistique.
Enfant il dessine, puis très tôt photographie, dessine toujours, pratique la gravure et peint. Il donne dans le très signifiant. C’est la chose représentée qui compte et sur laquelle il réfléchit beaucoup. « C’était d’un réalisme fantastique, pour des tableaux très symboliques ». Il joue déjà un peu avec la matière, avec la réticence de la graisse pour l’eau. « Je ne suis pas photographe par faiblesse, je le suis par choix. J’ai toujours voulu mélanger tout ça ».
Après avoir étudié l’ébénisterie, comme pour perpétuer la tradition familiale, il décide à vingt-quatre ans de quitter le sud de l’Allemagne et l’ébénisterie pour le sud de la France et la photographie.
« En Allemagne, il y a un élan profond quasi philosophique vers la méditerranée ». Peut-être un peu plus développé chez lui.
Il fait sa première exposition à Avignon et commence à pratiquer la bichromie et la photographie d’animaux. Sa première photo avec un animal, prise en Espagne à Valence, est celle d’un toro et d’un torero juste avant l’estocade. Il fait une série de photographies de corrida ratées, un peu floues, dont il tirera partie en les travaillant pour en faire des images noires et blanches très goyesques. C’est ce travail qui séduira Bartabas avec qui il collabore depuis 1986.
Il commence alors à pratiquer la technique du résinotype : ensemble de procédés photographiques historiques, qu’il a patiemment appris et redécouverts dans l’atelier de Jean Pierre et Claudine Sudre puis chez Jordi Guillumet à Barcelone. Cette relecture des origines de la photographie à travers des pratiques du monde actuel lui permet d’inventer un nouveau type d’image qu’il a nommé « altotype ».
Il enduit de la gélatine spécialement fabriquée pour lui, et dont on ne saura pas plus, sur un lourd papier ou sur du bois. Elle conserve sa capacité à s’engorger d’eau, à attirer et retenir le pigment selon qu’elle a été protégée des UV ou altérée et durcie par eux. C’est l’eau retenant le pigment qui révèle l’image. Il retrouve ainsi la technique de la fresque pratiquée par ses ascendants peintres d’église et achète d’ailleurs ses pigments chez le fournisseur des restaurateurs de la Chapelle Sixtine.
Aujourd’hui, il appelle sa technique « l’Altotypie », parce qu’il l’a fait évoluer. « C’est un chemin sur lequel je cherche mon langage visuel ».
C’est avec cette technique qu’il commence à portraiturer des animaux. « Ce qui m’intéresse, c’est de trouver un langage absolument universel pour parler à tout être humain de par ce monde. Chaque culture a ses allégories et ses symboles et l’animal est très souvent une valeur symbolique».



