Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, le dessin a nourri mes rêveries et mes fantasmes d’enfant.
Toute enfance est une genèse, et de ces premiers émerveillements, j’ai gardé un goût pour ce monde magique et archaïque qui bat encore au fond de nous.
Dans cette obscure clarté, tout balance entre drôlerie, étonnement et dérision.
Mes personnages sont les acteurs d’un théâtre métaphorique. Ils semblent quitter l’obscurité du fond de scène pour venir vers nous. Ils dévoilent dans leur nudité, leurs failles et leurs faiblesses. C’est une humanité fragile embarquée sur un navire de papier que Poséidon vient sauver du naufrage.
J’ai découvert dans ma pratique que ce que je ressens comme poétique arrive par surprise, dans l’aléatoire et l’inachevé. Le drolatique est caché dans le drame, la sensualité naît dans la faim et la soif. Ces oxymores incongrus pimentent nos vies et donnent du parfum à l’air qu’on respire.
Les mythes et le dérisoire, élevés au rang du Sacré dans une lumière claire obscure, nous invitent aux rêveries.
Ces mondes cachés, reflets du visible, nous donnent une lecture secrète de nous-mêmes.
Sous la banalité du quotidien se cache un grouillant fantastique.
La peinture est un véhicule pour les émotions, ce que les mots ne disent pas, le dessin nous le raconte.
Toujours fidèle aux images narratives, j’avance en quête de cette poésie cachée dans l’ombre et se dévoile dans la lumière que notre regard pose sur les choses.
Toujours habité profondément par le goût d’une narration poétique, je me nourris sans cesse de la peinture des Primitifs flamands et du clair-obscur du Caravage. Cependant, mes sources sont multiples : le fantastique, le grotesque de James Ensor et de Jérome Bosch. Je me sens bien également dans le mouvement Panique de Roland Topor. Au delà de la peinture, je vais chercher dans la danse contemporaine une épure de la lumière et la sobriété de la scénographie. En fait, je puise chez ces grands maîtres, l’intemporel qui fait échos à notre époque.
Bertrand Bataille, l’Enchanteur :
« Il y a des peintres pour lesquels le premier regard est suffisant pour être transporté. J’ai pour ma part eu cette réaction lorsque j’ai découvert les tableaux de Bertrand Bataille. Je parle de l’émotion que j’ai ressentie en accédant ainsi, directement, à l’univers de ces personnages parfois tout juste silhouettés et, en même temps, intensément présents dans une « obscure clarté » que brise quelque fois un éclat de rouge. Tout à la fois autres et pourtant si proches de nous par leurs quêtes. Leurs hésitations, leur attirance vertigineuse vers l’abîme, mais aussi leur joie de vivre malgré tout, de partager les plaisirs de la vie, tout simplement. Ils jouent à se faire peur, jusqu’à en perdre la tête. Ils aiment, ils boivent, ils rient, ils discutent, ils s’affrontent. Ils ne savent pas trop où ils en sont. Ils regardent là-haut, ils regardent en bas, ils sont sans cesse en partance, mais vers où ? Un peu comme l’était paraît-il à la fin de sa vie, Orson Welles, qui ne pouvait survivre qu’en allant d’un aéroport à l’autre.
Ils sont sur le quai avec leurs valises dans le labyrinthe de leurs angoisses. Ils méditent, ils attendent. Ils tirent sur la corde, ils sont sur le point de sombrer dans leurs dérisoires barques en papier, et pourtant ils ne veulent pas y croire : ils vivent. Ils sont pour un temps dans l’étrange, dans l’errance, dans l’archaïque jardin des délices. Ils sont fleurs et fruits, hommes et femme frêles, fragiles. Ils sont anges, ils sont poètes et poésie. Ils sont fraternels. On les aime.
Bertrand Bataille, un je ne sais quel charme vers vous nous emporte. Continuez à nous enchanter, encor et encor »
Philippe Lazar
« Dans les toiles de Bertrand Bataille, de but en blanc, une alchimie en clair obscur ensorcelle le lieu.
Une insurrection tendre d’êtres humains isolés, dans une commune quête, tenus par l’étrange drapé blanchi de l’enfance à jamais sauvegardée.
Un départ en sens inconnu, dans une exaltation grégaire, pour mieux perdre la tête, rire de la bêtise ou narguer la peine.
Le créateur de cette insurrection joue, en espiègle généreux, avec les fantômes des ténèbres et de la clarté. Grinçante ironie, douce nostalgie du passé.
Dans un capharnaüm joyeux, ces mains explorent le réel mêlant les corps humains à celui de la bête, de la chose. Elles mettent à nue la magie du miroir. Les têtes s’envolent toujours vers un ailleurs. »
Barbara Mahé
« Bertrand Bataille propose une peinture onirique et poétique, plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord. Il y est question tout à la fois du merveilleux et du dérisoire de la vie. Le mariage du quotidien et du fantastique. Il prend des risques, le peintre, et j’aime ça, sa figuration propose un chemin tout offrant au regardeur le plaisir d’en inventer un autre. Du grand art ».
Ludovic Duhamel
Remarqué par Ludovic Duhamel, rédacteur en chef de Miroir de l’Art, comme faisant partie des « 500 artistes qui font rêver ».